Emplois Foirreux – Bullshit Jobs / par David Graeber

Hier je suis tombé sur cet article en effectuant ma lecture quotidienne de BoingBoing: “Bullshit Jobs”
Article brillant qui nous permet de se poser quelques questions, certes gênantes mais trop peu abordées.

J’ai donc décidé de traduire l’article pour les gentils barbus qui lisent peu ou pas l’anglais. La traduction est maison donc approximative (même si j’ai essayé de faire de mon mieux) et je suis sûr qu’elle est bourrée de fautes d’orthographe et de grammaire.

Dans les années 30, John Maynard Keynes avait prédit que, à la fin du siècle, les technologies seront suffisamment avancées pour que des pays comme le Royaume Uni ou les Etats Unis envisagent des temps de travail de 15 heures par semaine. Il y a toutes les raisons de penser qu’il avait raison. Et pourtant cela n’est pas arrivé. Au lieu de cela, la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois ont du être créés et qui sont par définition, inutiles. Des troupes entières de gens, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, passent leur vie professionnelle à effectuer des tâches qu’ils savent sans réelle utilité. Les nuisances morales et spirituelles qui accompagnent cette situation est profonde. C’est une cicatrice qui balafre notre âme collective. Et pourtant personne n’en parle.

Pourquoi donc, l’utopie promise par Keynes – et qui était encore attendue dans les années 60 – ne s’est jamais matérialisée? La réponse standard aujourd’hui est qu’il n’a pas su prédire la croissance massive du consumérisme. Entre moins d’heure passés à travailler et plus de jouets et de plaisirs, nous avons collectivement choisi le dernier. Cela nous présente une jolie fable morale, mais même un moment de réflexion nous montre que cela n’est pas vrai. Oui, nous avons été les témoins de la création d’une grande variété d’emplois et d’industries depuis les années 20, mais peu ont un rapport avec la production et distribution de sushi, iPhones ou bakets à la mode.

Quels sont donc ces nouveaux emplois précisément? Un rapport récent comparant l’emploi aux Etats Unis entre 1910 et 2000 nous en donne une bonne image (et je notes au passage, il en est de même pour le Royaume Uni). Au cours du siècle dernier, le nombre de travailleurs, employés dans l’industrie ou l’agriculture a dramatiquement diminué. Au même moment, les emplois en tant que “professionnels, clercs, managers, vendeurs et employés de l’industrie de service” ont triplés, passant “de un quart à trois quart des employés totaux”. En d’autres mots, les métiers productifs, comme prédit, a pu être largement automatisé (même si vous comptez les employés de l’industrie en Inde et Chine, ce type de travailleurs ne représente pas un pourcentage aussi large qu’avant)

Mais plutôt que de permettre une réduction massive des heures de travail pour libérer la population mondiale et leur permettre de poursuivre leurs projets, plaisirs, visions et idées, nous avons pu observer le gonflement, non seulement des industries de “service”, mais aussi du secteur administratif, jusqu’à la création de nouvelles industries comme les services financiers, le télémarketing, ou la poussée sans précédent de secteurs comme les avocats d’affaire, des administrations, ressources humaines ou encore relations public. Et ces chiffres ne prennent pas en compte tous ceux qui assurent un soutien administratif, technique ou sécuritaire à toutes ces industries, voir toutes les autres industries annexes rattachées à celles-ci (les laveurs de chiens, livreurs de pizza ouvert toute la nuit) qui n’existent seulement parceque tout le monde passe tellement de temps au travail.

C’est ce que je vous propose d’appeler des “Emplois Foirreux” [NDT: pas trouvé de traduction correcte pour Bullshit Jobs - ou emplois merdiaues]

C’est comme si quelqu’un inventait des emplois sans intérêt, juste pour nous tenir tous occupés. Et c’est ici que réside tout le mystère. Dans un système capitaliste, c’est précisément ce qui n’est pas censé arriver. Dans les inefficaces anciens états socialistes, comme l’URSS, où l’emploi était considéré comme un droit et un devoir sacré, le système fabriquait autant d’emploi qu’il était nécessaire (une des raisons pour lesquelles il fallait trois personnes pour vous servir dans les supermarchés un morceau de viande). Mais, bien sûr, c’est le genre de problème que le marché compétitif est censé régler. Selon les théories économiques, en tout cas, la dernière chose qu’une entreprise qui recherche le profit va faire est de balancer de l’argent à des employés qu’ils ne devraient pas payer. Pourtant, cela arrive en quelque sorte.

Alors que les entreprises s’engagent dans des campagnes de licenciement, celles ci touchent principalement la classe des gens qui font, bougent, réparent ou maintiennent les choses, alors que à travers une alchimie bizarre que personne ne peut expliquer, le nombre de salariés “pousse-papier” semble gonfler, et de plus en plus d’employés se retrouvent, au contraire des travailleurs de l’ex URSS, travaillant 40 ou 50 heures par semaine, mais travaillant de façon réellement efficace 15 heures, comme Keynes l’avait prédit, passant le reste de leur temps à organiser ou aller à des séminaires de motivation, mettre à jour leur profile facebook ou télécharger des séries télévisées.

La réponse n’est clairement pas économique: elle est morale et politique. La classe dirigeante a découvert qu’une population heureuse et productive avec du temps libre est un danger mortel (pensez à ce qui c’est passé lorsque cette prophétie à commencé à se réaliser dans les années 60). Et, d’un autre côté, le sentiment que le travail est une valeur morale en elle même, et que quiconque qui ne se soumet pas à une forme intense de travail pendant leur temps de veille ne mérite rien, est particulièrement pratique pour eux.

Une fois, en contemplant la croissance apparente des responsabilités administratives dans les départements académiques, j’en suis arrivé à une vision possible de l’enfer. L’enfer est un ensemble de gens qui passent la majorité de leur temps sur une tâche qu’ils n’aiment pas et dans laquelle ils ne sont pas spécialement bons. Disons qu’ils ont été engagés car ils sont de très bons menuisiers, et qu’ils découvrent qu’ils doivent passer une grande partie de leur temps à cuire du poisson. La tâche n’a rien de passionnant, au moins il y a une quantité limitée de poissons à faire cuire. Et pourtant, ils deviennent complètement obsédés par le fait que certains de leurs collègues pourrait passer plus de temps à faire de la menuiserie, et ne pas faire leur part des responsabilités de cuisson de poisson, sous peu des piles entières de poisson inutiles et mal cuits envahiront l’atelier, et cuire des poissons est devenu l’activité principale.

Je penses que c’est plutôt une description précise de la dynamique morale de notre économie.

Maintenant, je réalise qu’un tel argument va inévitablement générer des objections: “qui êtes vous, pour définir quels emplois sont réellement nécessaires? Et c’est quoi votre définition d’utile? Vous êtes un professeur d’anthropologie, qui a ‘besoin’ de ça?” (et il est vrai que beaucoup de lecteurs de tabloids [NDT - équivalent anglais des magazines people et à scandale] pourraient envisager mon travail comme l’exemple même de l’inutilité) Et sur un certain niveau, c’est vrai. Il n’y a pas de mesure objective de la valeur sociale du travail.

Je ne voudrais pas dire à quelqu’un, qui est convaincu qu’il effectue une réelle contribution à l’humanité et au monde, que en fait, non. Mais qu’en est-il des gens qui sont convaincus que leur travail n’a pas de sens? Il y a peu j’ai repris contact avec un ami d’enfance que je n’avais pas vu depuis l’âge de 12 ans. J’ai été étonné d’apprendre, que dans l’intervalle, il était d’abord devenu un poète, puis le chanteur d’un groupe de rock indépendant. J’avais entendu certaines de ses chansons à la radio, sans savoir que c’était quelqu’un que je connaissais. Il était clairement brillant, innovant, et son travail avait sans aucun doute illuminé et amélioré la vie de gens au travers du monde. Pourtant, après quelques albums sans succès, il perdit son contrat, et plombé de dettes et devant s’occuper d’un jeune enfant, finit comme il le dit lui même “à prendre le choix par défaut de beaucoup de gens sans direction: la fac de droit”. Il est aujourd’hui un avocat d’affaires travaillant pour une firme proéminente newyorkaise. Il était le premier à admettre que son travail n’avait aucun sens, ne contribuait en rien au monde, et de sa propre estimation, ne devrait pas réellement exister.

On pourrait être en droit de se poser beaucoup de questions, à commencer par, qu’est ce que cela dit sur notre société – une demande extrêmement limitée en musiciens poètes talentueux, mais une demande apparemment infinie d’avocats spécialiste des affaires? (Réponse: si 1% de la population contrôle la plupart des richesses disponibles, ce que nous appelons le “marché” reflète ce qu’ils pensent est utile ou important, et personne d’autre). Mais encore plus, cela montre que la plupart des gens dans ces emplois en sont conscients. En fait, je ne penses pas que j’ai rencontré un avocat d’affaire qui ne pense pas que son emploi soit merdique. Il en est de même pour toutes les nouvelles industries citées plus haut. Il existe une classe entière de professionnels qui, si vous deviez les rencontrer dans une soirée et admettent que vous faites quelque chose d’intéressant (un anthropologiste, par exemple), feront tout pour éviter de discuter leur travail. Après quelques verres, ils risquent même de se lancer dans des tirades sur combien leur travail est stupide et sans intérêt.

Cela est profondément psychologiquement violent. Comment peut on commencer à discuter de dignité au travail, quand on estime que son travail ne devrait même pas exister? Comment cette situation ne peut-elle pas créer un sentiment profond de rage et de ressentiment? Pourtant et c’est tout le génie de cette société, dont les dirigeants ont trouvé un moyen, comme dans le cas des cuiseurs de poisson, de s’assurer que la rage est directement dirigée précisément vers ceux qui font un travail qui a du sens. Par exemple, dans notre société, il semble y avoir une règle, qui dicte que plus le travail bénéficie aux autres, moins il sera payé pour ce travail. Encore une fois, une mesure objective est difficile à trouver, mais un moyen simple de se faire une idée est de se demander: qu’arriverait-il si cette classe entière de travailleurs disparaissait? Dites ce que vous voulez à propose des infirmières, éboueurs ou mécaniciens, mais si ils venaient à disparaître dans un nuage de fumée, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques. Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science fiction ou musicien de ska serait clairement un monde moins intéressant. Ce n’est pas complètement clair comment le monde souffrirait de la disparition des directeurs généraux d’entreprises, lobbyistes, chercheurs en relation presse, télémarketeurs, huissiers de justice ou consultant légaux (Beaucoup soupçonnent que la vie s’améliorerait grandement). Pourtant à part une poignées d’exceptions (les médecins), la règle semble valide.

De façon encore plus pervers, il semble exister un consensus sur le fait que c’est la façon dont les choses devraient se passer. C’est un des points forts secrets du populisme de droite. Vous pouvez le voir quand les tabloids s’en prennent aux cheminots, qui paralysent le métro londonien durant des négociations: le fait que ces travailleurs peuvent paralyser le métro, montre que leur travail est nécessaire, mais cela semble être précisément ce qui embête les gens. C’est encore plus clair aux Etats Unis, où les Républicains ont réussi à mobiliser les gens contre les professeurs d’école ou les travailleurs de l’industrie automobile (et non contre les administrateur des écoles ou les responsables de l’industrie automobile qui étaient la source du problème) pour leurs payes et avantages mirifiques. C’est un peu comme si ils disaient “mais vous pouvez apprendre aux enfants! ou fabriquer des voitures! c’est vous qui avez les vrais emplois! et en plus de ça vous avez le toupet de demander une retraite et la sécu?”

Si quelqu’un avait conçu un plan pour maintenir la puissance du capital financier aux manettes, il est difficile de voir comment ils auraient mieux fait. Les emplois réels, productifs sont sans arrêt écrasés et exploités. Le reste est divisé en deux groupes, entre la strate des sans emplois, universellement vilipendé et une strate plus large de gens qui sont payés à ne rien faire, dans une position qui leur permet de s’identifier aux perspectives et sensibilités de la classe dirigeante (managers, administrateurs, etc.) et particulièrement ses avatars financiers, mais en même temps produit un ressentiment envers quiconque à un travail avec un valeur sociale claire et indéniable. Clairement, le système n’a pas été consciemment conçu, mais a émergé d’un siècle de tentatives et d’échecs. Mais c’est la seule explication pourquoi, malgré nos capacités technologiques, nous ne travaillons pas 3 à 4 heures par jour.

L’article original est disponible ici
David Graeber est un professeur d’anthropologie à la London School of Economics.
Son plus récent liver The Democracy Project: A History, a Crisis, a Movement est publié par Spiegel & Grau

38 thoughts on “Emplois Foirreux – Bullshit Jobs / par David Graeber

  1. Entièrement d’accord, merci pour la traduction.

    La cause de tout cela ? Nous sommes des moutons incultes qui avons abandonné notre pouvoir démocratique aux politiciens, qui eux-même ont abandonné (vendu ?) le pouvoir monétaire aux banksters. Dans un monde où tout passe par l’argent, le pouvoir absolu est bien celui de la création monétaire.

    Et pour bien mettre tout le monde au pas, ils ont eu l’idée géniale de l’argent-dette, ce qui déforme notre rapport à la richesse. Cela crée de la compétition là où il y aurait des ressources pour tout le monde, et pousse les uns à exploiter les autres. Le chômage et la crise sont bien pratique pour geler les salaires…

    Les solutions ?
    - Imposer une vraie démocratie ( http://lavraiedemocratie.fr/ )
    - Distribuer la richesse avec, par exemple, un revenu universel ( http://revenudebase.info/ ).
    - Prendre conscience de l’importance des activités humaines non marchandes comme l’art, la culture, le partage du savoir, l’éducation, la solidarité, le lien social … et encourager cela au lieu d’imposer la recherche d’emplois qui n’existent plus.

  2. L’exacte traduction de bullshit-jobs serait plutôt “boulots de merde”, même niveau de langue, même signification.

    NB : foireux, un seul r.

    Sinon l’analyse n’est malheureusement pas la seule du genre, d’autres variantes existent et je crains que ce ne soit tout à fait exact.

  3. Article intéressant, iconoclaste.
    Merci pour la traduction.

    L’analyse proposée me renvoie à une lecture lointaine d’un bouquin intitulé “Travailler 2 heures par jour”, rédigé par un collectif (ADRET me semble-t-il).
    Le constat demeure valable 40 ans après ….

  4. Juste ce passage, que j’ai vraiment eu du mal à comprendre:

    Il existe une classe entière de professionnels qui, si vous deviez les rencontrer dans une soirée et admettent que vous faites quelque chose d’intéressant (un anthropologiste, par exemple), feront tout pour éviter de discuter leur travail.


    There is a whole class of salaried professionals that, should you meet them at parties and admit that you do something that might be considered interesting (an anthropologist, for example), will want to avoid even discussing their line of work entirely.”

    Je pense que “should” est ici un subjonctif:

    Il existe une classe entière de professionnels qui, dussiez-vous les rencontrer dans des soirées et concéder que vous faites quelque chose qui pourrait être considéré comme intéressant (anthropologue, par exemple), voudront totalement éviter ne serait-ce que de discuter de leur secteur d’activité.

  5. > In the year 1930, John Maynard Keynes predicted that, by century’s end, technology would have advanced sufficiently that countries like Great Britain or the United States would have achieved a 15-hour work week

    La semaine de 15h, on y est:
    - chômage de masse (3 millions de chômeurs complets + 3-4 millions de sous-employés)
    - retraite à partir de 55 ans (à peine 1/3 des gens sont encore au travail lorsqu’ils partent en retraite)

    Si l’on divise le nombre d’heures travaillées par la population active, on ne doit pas être très loin des 15h/semaine.

    Si on résiste à diminuer franchement et officiellement la durée du travail, c’est que ça implique une baisse de revenu (compensée, certes, par une baisse des dépenses générées par le chômage). Voilà pourquoi ça coince.

    De toute façon, il est possible/probable qu’il faille faire sans croissance économique:

    “L’économie peut-elle décroître ? (par manque d’énergie)”
    http://www.manicore.com/documentation/decroissance.html

  6. bullshit = foutaise donc bullshit job pourrait être traduit par “emploi bidon”.

    Je prépare une correction de la traduction et vous la transmet.

    Merci pour votre travail, texte très intéressant !

  7. Première partie de la correction, suite a venir quand j’ai le temps ;-)


    Dans les années 30, John Maynard Keynes avait prédit que, à la fin du XXe siècle, les technologies seraient suffisamment avancées pour que des pays comme le Royaume-Uni ou les États Unis envisagent des temps de travail de 15 heures par semaine. Il y a toutes les raisons de penser qu’il avait raison. Et pourtant cela n’est pas arrivé. Au lieu de cela, la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois qui sont, par définition, inutiles, ont du être créés. Des troupes entières de gens, en Europe et en Amérique du Nord particulièrement, passent leur vie professionnelle à effectuer des tâches qu’ils savent sans réelle utilité. Les nuisances morales et spirituelles qui accompagnent cette situation sont profondes. C’est une cicatrice qui balafre notre âme collective. Et pourtant personne n’en parle.

    Pourquoi donc, l’utopie promise par Keynes – et qui était encore attendue dans les années 60 – ne s’est jamais matérialisée? On nous dit aujourd’hui qu’il n’a pas su prédire la croissance massive du consumérisme : entre moins d’heure passés à travailler et plus de jouets et de plaisirs, nous avons collectivement choisi le dernier. Cela nous présente une jolie fable morale, mais il nous suffit de réfléchir un instant pour voir que cela n’est pas vrai. Certes, nous avons été les témoins de la création d’une grande variété d’emplois et d’industries depuis les années 20 ; cependant, peu ont un rapport avec la production et distribution de sushi, iPhones ou baskets à la mode.

    Quels sont donc ces nouveaux emplois précisément ? Un rapport récent comparant l’emploi aux États Unis entre 1910 et 2000 nous en donne une image claire (un autre rapport lui fait écho au Royaume Uni). Au cours du siècle dernier, le nombre de travailleurs, employés dans l’industrie ou l’agriculture a dramatiquement diminué. Dans le même temps, les emplois “ diplômés, cléricaux, d’encadrement, de vente ou de services” ont triplés, passant “de un quart à trois quart des employés totaux”. En d’autres mots, les métiers productifs, comme prédit, ont pu être largement automatisés (même en comptant les employés de l’industrie en Inde et Chine, les travailleurs représentent de loin une part plus faible de la population mondiale qu’avant).

    Mais plutôt que de permettre une réduction massive des heures de travail pour libérer la population mondiale et leur permettre de poursuivre leurs projets, plaisirs, visions et idées, nous avons pu observer le gonflement, non seulement su secteur des “services”, mais aussi du secteur administratif, jusqu’à la création de nouvelles activités comme les services financiers, le télé-marketing, ou la poussée sans précédent de secteurs comme les avocats d’affaires, l’administration universitaire ou hospitalière, les ressources humaines ou encore les relations publiques. Et ces chiffres ne prennent pas en compte tous ceux qui assurent un soutien administratif, technique ou sécuritaire à toutes ces industries, voir toutes les autres industries annexes rattachées à celles-ci (les laveurs de chiens, livreurs de pizza ouverts toute la nuit, etc.) qui n’existent que parce que tout le monde passe tout son temps au travail.

    C’est ce que je vous propose d’appeler des “Emplois Bidons” [NDT : traduction de « Bullshit Jobs » - ou littéralement « emplois foutaise/connerie/mensonge »].

  8. Très bon article, et traduction.

    C’est un mantra que personnellement je répète souvent pour ennuyer mes rares amis de droite, mais voilà une preuve supplémentaire que la finalité du capitalisme, c’est le communisme. État centralisé et envahissant, doté d’une administration boursouflée, réduit au minimum des ces fonctions essentiellement répressives, au service d’une minorité de monopoles économiques. On y arrive, lentement mais sûrement.

    Le preuve de la justesse de cet article peut facilement être confirmée d’ailleurs, sans doute chez au moins un lecteur sur deux : combien de fois ont-il regardé avec envie teintée de regret vite oublié, de la fenêtre de leur bureau climatisé, les personnes évoluant pour leur métier à l’extérieur.

  9. Enfin un truc censé à lire ! Hé, bravo d’avoir déniché ça surtout ! Du coup ça nous fait aussi pas mal plus de références de bons sites à lire car tout n’est pas sur rezo.net (heureusement y’a encore des surprises !) Portez-vous bien.

  10. France,
    Un article qui, selon radio -can, fait beaucoup jaser.
    Je t’envoie la traduction, avec ses fautes…
    Mais, la correction de la traduction apparait apres le texte, gracieusete d’un internaute.
    Faut lire, et le diffuser… et en discuter.

    M
    On fait de la télépathie, je vais aller lire ton message

  11. Bien vu.
    Ceux que le sujet intéresse peuvent lire “Le Roi Pâle” de David Foster Wallace dont voici un petit extrait :
    “J’ai appris que le monde des hommes tel qu’il existe aujourd’hui est une bureaucratie. (…) La clé bureaucratique est la capacité à gérer l’ennui. A fonctionner de façon efficace dans un environnement qui exclut le vital et l’humain. Pour ainsi dire, à respirer sans air. La clé, c’est la capacité, innée ou bien conditionnée, à trouver l’autre versant de la routine, du mesquin, de l’insignifiant, du répétitif, de l’inutilement complexe. En un mot, à être inennuyable.”
    Petite contribution rédigée sur mes heures de bureau. Vous avez ainsi une idée de l’utilité de mon job.

  12. Ce n’est pas l’avocat d’affaire inutile qui crée son job, mais la loi. Et la loi s’élabore aussi des affaires, qui créent la jurisprudence. Ceci peut paraître inutile, comme la turbulence et le chaos d’un fluide, mais le système, s’il n’est pas régulé, s’arrange toujours pour entretenir ces frontières où s’échange pouvoir, énergie, argent…

  13. Ca rappelle ce que disait Saint Simon des aristocrates voici deux cents ans.
    Pas d’accord quand même sur la règle générale que le salaire soit inversement proportionnel à l’utilité : voir le salaire des contrôleurs aériens, pilotes d’avions et conducteurs de trains.
    Cela dit, la masse d’emploi à la con a une utilité : elle permet aux entreprises (donc à leurs proprios) de pratiquer avec les pouvoirs publics le chantage à l’emploi.

  14. <>
    On devine que l’intérêt de la Banque c’est l’extension massive du salariat (même pauvre et précaire) et la disparition des indépendants comme les petits patrons/artisans.
    Digression: ou comment une Arlette Laguiller a pu être l’idiote utile de la Banque – ironie de l’histoire, jusque dans son job au Crédit Lyonnais – en jouant à fond le clivage “petits salariés”/”petits patrons”, au dessus desquels règne la Banque, qui continuera à se marrer d’en haut, jusqu’au jour où les 2 auront compris qui est leur ennemi réel et descendront ensemble dans la rue.

  15. « Les pauvres croient [...] que le travail ennoblit, libère. La noblesse d’un mineur au fond de son puits, d’un mitron dans la boulangerie ou d’un terrassier dans une tranchée, les frappe d’admiration, les séduit. On leur a tant répété que l’outil est sacré qu’on a fini par les en convaincre. Le plus beau geste de l’homme est celui qui soulève un fardeau, agite un instrument, pensent-ils. “Moi, je travaille”, déclarent-ils, avec une fierté douloureuse et lamentable. La qualité de bête de somme semble, à leurs yeux, rapprocher de l’idéal humain. Il ne faudrait pas aller leur dire que le travail n’ennoblit pas et ne libère point; que l’être qui s’étiquette Travailleur restreint, par ce fait même, ses facultés et ses aspirations d’homme; que, pour punir les voleurs et autres malfaiteurs et les forcer à rentrer en eux-mêmes, on les condamne au travail, on fait d’eux des ouvriers. Ils refuseraient de vous croire. Il y a, surtout, une conviction qui leur est chère, c’est que le travail, tel qu’il existe, est absolument nécessaire. On n’imagine pas une pareille sottise. La plus grande partie du labeur actuel est complètement inutile. Par suite de l’absence totale de solidarité dans les relations humaines, par suite de l’application générale de la doctrine imbécile qui prétend que la concurrence est féconde, les nouveaux moyens d’action que des découvertes quotidiennes placent au service de l’humanité sont dédaignés, oubliés. La concurrence est stérile, restreint l’esprit d’initiative au lieu de le développer. » Georges DARIEN

    choisissez le bonheur, devenez chômeur : https://bit.ly/16IRKbh

  16. Ah, j’oubliais : dans les années 50, des tas d’artisans qui savaient quoi faire de leurs mains ont mieux gagné leurs vies en bossant à la chaîne. Ce fut le cas de mon père. Sa seule vie réelle, c’était son potager. On a aujourd’hui supprimé pas mal d’emplois fordistes dans nos contrées. Et on en a créés d’autres plus propres dans les centres d’appels. Parfois, je rêve d’être ébéniste.

  17. Bonjour. Merci et bravo pour la traduction et pour le succes qu’elle rencontre… mais pourquoi traduire “JOB”par emploi dans le titre et par travail, la plupart de temps dans le reste du texte? Pourquoi aussi ajouter “Du travail””la ou graeber explique et ecrit qu’il n’y a pas de mesure objective de la valeur sociale… point! Cela déforce votre propos et le sien et c’est dommage. Bonne soirée…

  18. Lecture intéressante, cependant un point seulement m’intrigue. Il s’agit de la dernière phrase du troisième paragraphe en partant de la fin: “Pourtant à part une poignées d’exceptions (les médecins), la règle semble valide.”
    J’avoue ne pas avoir saisi la bonne manière de comprendre cette phrase concernant -vous l’aurez deviné – les médecins.
    (c’est absolument non capital certes…)
    Merci d’avance

  19. Tout se tient et réciproquement…

    Bernard WERBER a écrit dans “L’encyclopédie du savoir relatif et absolu”

    “Loi de Parkinson

    La loi de Parkinson (rien à voir avec la maladie du même nom) veut que plus une entreprise grandit, plus elle engage de gens médiocres et surpayés. Pourquoi? Tout simplement parce que les cadres en place veulent éviter la concurrence. La meilleure manière de ne pas avoir de rivaux dangereux consiste à engager des incompétents. La meilleure façon de supprimer en eux toute velléité de faire des vagues est de les surpayer. Ainsi les castes dirigeantes se trouvent assurées d’une tranquillité permanente. A contrario, selon la loi de Parkinson tous ceux ayant des idées, des suggestions originales ou des envies d’améliorer les règles de la maison seront systématiquement éjectés. Ainsi, paradoxe moderne, plus l’entreprise sera grande, plus elle sera ancienne, plus elle entrera dans un processus de rejet de ses éléments dynamiques bon marché, pour les remplacer par des éléments archaïques onéreux. et ce au nom de la tranquillité de la collectivité.”

    Une source inépuisable de jobs à la con…

    Personne ne parle du job le plus inutile qui soit qui obéit comme le dit la règle dans cet article est le mieux payé du monde: Trader,
    le métier qui ne produit absolument rien, à part quelques chômeurs…

  20. L’artcle cite les médecins comme méritant leur revenu et
    Philippe,les pilotes d’avion. Ceux d’Air France 13720 euros/mois en fin de carrière et les pilotes US,presque smicards…Rappelez-vous Michael Moore qui en reste stupéfait…Après la guerre, on en avait tellement formés
    que l’offre dépassant la demande, l’emploi fut dévalorisé, mal payé et l’habitude est restée…Les pilotes US ont-ils plus d’accidents que les français ?
    La différence avec un chauffeur de bus est-elle justifiée ? Les métiers passionnants devraient être les moins payés au contaire des boulots pénibles, abrutissant,usants…

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